Martinique // 13 – 31 janvier 2021

Après une rapide traversée depuis les Saintes et en passant sous le vent de la Dominique mais de nuit et sans s’arrêter, Covid oblige, nous arrivons en Martinique, aux Anses d’Arlet le jeudi 14 janvier au « beau matin », comme dirait Augustin.

Nous retrouvons Aquavel et mouillons juste à côté de lui. Les enfants sont ravis de retrouver leurs copains et nous de pouvoir échanger avec Lucie et Fabio sur nos traversées respectives et nos arrivées dans les Antilles.

Martin arrive le lendemain et nous organisons un apéro à bord tous ensemble, pour ne pas perdre les bonnes habitudes des Canaries, à refaire le monde jusqu’à pas d’heure. Nous troquons juste le chorizo et le vino tinto contre des acras et le ti-punch !

Le lendemain, Michelle nous emmène sur son spot de snorkelling favori, elle est ici chez elle et connait tous les recoins de Petite Anse. Nous découvrons avec bonheur une variété de poissons d’une richesse inouïe, et des gorgones à perte de vue. Les poissons sont moins gros qu’à Malendure dans la réserve Cousteau, mais tout autant magnifiques : poissons ange noir, poissons lion, trompettes jaunes fluo… Je me rends compte que les enfants sont devenus eux-aussi de vrais poissons, tellement à l’aise avec leurs masques et leur tuba à plonger sous l’eau et à nager des centaines de mètres l’air de rien !

Le lendemain, les enfants peuvent enfin rencontrer les Colibris d’Or, les anciens élèves de la classe de Michelle, au bourg de Petite Anse. Elle a organisé un goûter sur la plage afin que tous les Colibris terriens et voyageurs en escale en Martinique puissent se connaître, pour de vrai. Les réunions WhatsApp du samedi matin sont très riches mais les rencontres physiques, surtout en ces temps de Covid, c’est quand même beaucoup plus concret, et particulièrement pour les enfants. Ils passent l’après-midi à jouer, plonger du ponton, et construire des châteaux de sable, pendant que les parents mangent des gâteaux et se racontent leur vie.

Nous rencontrons ainsi Bubble Moon avec Christine et Vincent, partis depuis 2 ans et demi de Carthagène et qui ont vécu 18 ans en Colombie ; ils nous donnent de précieuses informations sur la situation actuelle dans le pays. Et ce n’est pas complètement gagné pour que nous puissions y aller… Entre couvre-feux et confinements partiels, contrôles accrus des frontières et lourdes procédures administratives, le contexte de tous les pays où nous avions prévu de faire escale se complique de plus en plus. Jusqu’à maintenant, nous avions réussi à rester très préservés de tout ce bazar (pour ne pas dire autre chose…), mais nous sentons bien que désormais, l’étau se resserre irrémédiablement. Il va falloir composer avec une situation sanitaire qui se crispe partout, des quarantaines qui s’allongent, des tests PCR systématiques, des restrictions dans tous les sens ! Notre planning de voyage devient obsolète, les dates se décalent, certaines étapes seront supprimées sans doute, mais qu’à cela ne tienne, nous profitons de chaque instant et continuons notre tour de la Martinique. Carpe Diem !

Une journée à Fort de France nous permet de refaire l’avitaillement et le plein d’eau ainsi que de reconstituer notre stock de livres en français, surtout pour Olivia qui dévore les bouquins tous les matins dès 6h30… Le centre-ville nous étonne par son état de délabrement et le peu d’attention portée à son patrimoine architectural et historique : exceptions faites de la cathédrale et de la bibliothèque Schoelcher, se succèdent le délabrement de vieilles maisons coloniales qui pourraient être magnifiques, la noirceur des bâtiments publics jamais ravalés, les rues défoncées, de vieilles échoppes décaties qui mènent à la place du marché… Quel contraste avec la beauté des paysages et de la nature environnante !

Cette beauté naturelle, nous en profitons encore largement lors de notre randonnée vers la cascade Didier avec les Aquavel. Après une demi-heure de bus, la traversée d’un tunnel avec des camions menaçants, une marche le long de la route, des embûches et des obstacles s’enchaînent, tous plus drôles les uns que les autres : rivière de boue gluante, encore un tunnel à franchir mais cette fois dans le noir complet, en équilibre sur 2 tuyaux circulaires bien glissants et sans main courante ( !!), sentier escarpé le long de la rivière puis qui disparait totalement ensuite, traversée de la rivière, l’eau jusqu’à la taille avec les sacs sur la tête, glissades et dérapages à gogo…

Nous arrivons après plus de 2 heures à la Cascade et profitons du spectacle tant mérité.

Les enfants ont l’impression d’avoir fait une vraie séance de canyoning et ils jouent aux aventuriers comme les Castor juniors !

N’ayant pas trouvé de voiture de location pour faire le tour de l’ile par l’intérieur, nous quittons Fort de France à la voile dans 10 à 20 nds au travers. Nous allons passer 2 jours devant Saint-Pierre, un village un peu plus au Nord.

Le sable y est aussi noir que la roche volcanique, la baie est truffée d’épaves gisant par 20 mètres de fond, toute la ville est marquée par la catastrophe de mai 1902 : le réveil soudain de la Montagne Pelée, qui a craché des roches en feu et des gaz asphyxiants ravageant tout sur leur passage, rasant entièrement tous les bâtiments, tuant plus de 30 000 personnes et laissant derrière eux un champ de ruines et de cendres fumantes pour des décennies. Saint-Pierre était au début du XXe siècle, la perle des Antilles enrichie par le commerce de la canne à sucre, le « petit Paris » où la haute société locale se montrait et se divertissait. Cet essor économique et culturel a été anéanti en moins de 24 heures par une éruption volcanique d’une rare violence. Les ruines de l’ancien théâtre et de la prison sont encore visibles, un mémorial très bien fait a été construit en hommage aux victimes, dont seulement 7000 ont pu être identifiées ! Il est conçu comme un musée et présente des témoignages poignants d’habitants la veille de l’évènement ainsi que des objets de la vie quotidienne déformés mais qui ont résisté aux températures extrêmes.

Toute cette chaleur donne aux enfants l’envie de rafraîchir leur coupe de cheveux qui ont beaucoup poussé. Augustin quitte ses mèches de surfeur pour une nuque rasée et Olivia retrouve un carré court.

Après cette escale historique, culturelle et capillaire, nous partons vers le Nord pour faire le tour de la Martinique par la côte au vent. Cela nous vaut 6 heures de navigation au moteur avec le vent dans le nez dans une bonne mer formée. Nous n’avions plus expérimenté depuis bien longtemps ce charmant ronron du bourrin Nanni et le bruit des vagues qui tapent à l’avant de la coque de notre cher Vagabond. Ahh, je n’aime pas ça, chaque claquement me soulève le cœur, c’est inconfortable, ça pue, notre seule consolation sera d’avoir des douches chaudes ce soir (notre chauffe-eau est alimenté par le circuit de refroidissement du moteur), mais alors vraiment brûlantes !

Nous arrivons en fin de journée à la baie du Trésor, au sud de la presqu’île de la Caravelle, un havre de paix préservé et bienvenu, après l’agitation de la côte sud-ouest avec son lot de dayboats et de charters qui sillonnent les plages musique à fond et touristes en folie !

Nous rencontrons les Profité, une famille de 5 enfants Colibris voyageurs eux aussi et leur drôle de catamaran ; ils viennent de La Rochelle, sont ici depuis 2 ans et attendent que le petit dernier de 10 mois grandisse un peu pour partir à l’assaut du Pacifique… On se dit que nous sommes de petits joueurs avec notre année sabbatique et nos 2 enfants autonomes en transat !

Le lendemain, nous partons à l’assaut de la mangrove. Nous nous enfonçons dans la vase, déambulons entre les palétuviers rouges, blancs, noirs qui se succèdent très savamment le long de la côte pour entretenir tout cet écosystème étonnant. Nous rencontrons des Bernard L’Hermite peu farouches et des iguanes, nous grimpons au sommet de la presqu’île jusqu’au phare, nous passons par des criques battues par les vents dignes des côtes bretonnes en hiver (mais les palmiers et les sargasses ne sont pas loin…).

Et nous profitons de ces paysages encore inconnus et magnifiques ; nous sommes sur une autre île, encore une, mais toujours différente, avec de nouvelles découvertes. Décidément, nous ne nous lassons pas de ce voyage, nous en prenons toujours plein les mirettes ; et si les enfants jouent parfois aux adultes pour rouler des mécaniques (comme tous les enfants), les adultes, eux, redeviennent des enfants, émerveillés et naïfs devant tant de beauté et de nouveauté.

Après de beaux mouillages sur la côte au vent, au Havre Robert notamment, devant les îlets Chancel et Madame, puis dans le cul de sac Simon, nous faisons une halte au François pour faire les tests Covid nécessaires à notre entrée à Grenade.

Mouillés à l’îlet Madame, nous faisons une drôle de rencontre impromptue : Un monsieur d’une soixantaine d’années vient nous voir en annexe et me dit « c’est un randonneur que vous avez là ? – bravo, je lui réponds, c’est très rare que les gens connaissent ce bateau ! – c’est normal, je suis l’architecte ! » Nous étions en face de Marc Lombard !! Très discret et modeste, il est en vacances avec des amis sur un cata juste à côté de nous mais ne souhaite pas monter à bord ; pourtant, on aurait bien pris l’apéro ensemble pour lui poser des tonnes de questions… Nous profitons de la plage de l’îlet désertée en fin de journée par tous les charters pour faire des châteaux de sable en famille… Nos âmes d’enfants resurgissent !

Nous repartons ensuite en navigation pour rejoindre le Marin et faire un gros avitaillement de bons produits français avant les îles du Sud.

Après un savant slalom entre les casiers des pêcheurs marqués par des bouteilles transparentes à demi immergées et parfois reliées par un bout à fleur d‘eau (piège infernal pour l’hélice et les safrans), nous passons devant le mouillage de Sainte-Anne, complètement bondé de bateaux ; Covid oblige, plus personne ne voyage et de nombreux bateaux sont scotchés ici depuis plusieurs mois. Au Marin, nous retrouvons avec plaisir Lara et Michele avec leur fille Reva sur leur randonneur 1200 Dumas. Ce sont les anciens propriétaires de Vagabond qui nous l’ont vendu et qui ont racheté exactement le même, (exceptées les adaptations intérieures propres à chaque construction amateur). Ils sont ravis de revoir ce qui a été leur maison pendant 5 ans et se remémorent les bons souvenirs passés sur Vagabond. Nous passons une super soirée avec eux et espérons les recroiser à nouveau pour un speedtest entre sisterships. Pour le moment, ils sont en chantier pour réparer leur mât donc nous ne pouvons pas naviguer bord à bord, dommage…

Dimanche 31 janvier, après 6 semaines entre la Guadeloupe et le Martinique, nous quittons la France pour Grenade. Nous décidons de faire l’impasse sur les Grenadines que nous connaissons et qui imposent, eux-aussi, une longue quarantaine aux plaisanciers, afin de pouvoir consacrer plus de temps aux autres escales.

J’écris depuis notre quarantaine à Carriacou, où nous sommes bloqués à bord avec interdiction de débarquer pendant au moins 9 jours. Après un premier contrôle sanitaire des tests réalisés 72 heures avant le départ de notre dernière escale, et une mise en quarantaine de 4 jours, les 2èmes tests PCR ont lieu le 5e jour, puis il faut envoyer les prélèvements par bateau à l’unique laboratoire de Grenade, sachant que le bateau ne circule que 3 jours dans la semaine, et ensuite attendre patiemment les résultats pendant 2 à 3 jours ouvrés… Un week-end par-dessus cette jolie équation et on arrive à 9 jours (On a hésité à donner ce problème à résoudre à Olivia, mais les maths n’étant pas sa matière fétiche, c’est le moins qu’on puisse dire… on a changé d’avis pour ne pas la dégoûter définitivement !!)

Malgré cet épisode digne du XVIIIe siècle, nous ne nous ennuyons pas le moins du monde : école le matin, baignade autour du bateau (autorisée, tout de même !), snorkeling, rugby aquatique, couture des ourlets de nos nouveaux tissus pour le carré, longue liste de bricolage et réparations en tout genre (recollage des pads de l’annexe, surgaine de la drisse de spi, réparation de la GV, bouchage des trous dans le paddle…), gros ménage, cuisine, dessin, films, lecture, musique, finalement, je sens que cette semaine va vite passer ! il y a pire que d’être confiné sur son bateau !!

Nos mouillages préférés en Martinique : 

  • Chaudière à l’extrémité sud de Petite Anse d’Arlet, véritable aquarium, magique, méconnu et préservé, mais pas pour la tranquillité le week-end…
  • La Baie du trésor pour la sérénité et la beauté de la mangrove
  • L’îlet Madame dans le Havre Robert, plage de rêve et eau turquoise à l’abri de la houle et de l’alizé
  • le sud de l’îlet Long dans la baie du Simon, des eaux troubles car brassées par la houle mais un calme appréciable et la sensation d’être seul au monde et immensément libre !

Et pour nous retrouver sur les réseaux sociaux…

13 réflexions sur “Martinique // 13 – 31 janvier 2021

  1. C’est toujours avec bonheur que je lis le livre de votre passionnante aventure 😏😍 Sympa ce petit coucou de Martinique où j’ai travaillé en 1972 et j’habitais à l’Anse Mitan sans tous les complexes hôteliers actuels mais Fort de France ne semble pas avoir changé, dommage ! Poursuivez bien vos découvertes et votre vie à bord Bisous Michèle

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  2. Merci pour ce récit. Je connaissais la »nuit noire » d’Augustin mais pas encore le « de bon matin «  !
    La photo d’Olivia sautant en l’air sur la plage est une merveille.
    J’espère que vous aurez vos résultats de tests covid rapidement pour explorer Grenade.
    Mille baisers à vous quatre.Granny

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  3. Ca y est… j’en ai marre ! Il est 6h30, il fait nuit, il fait froid et humide et je pars au boulot en lisant vos récits de baignades/ traversées/ excursions… et bien ça ne m’aide pas du tout à retrouver le courage que je cherche partout ce matin sans réussir à mettre la main dessus !
    Continuez à bien profiter et à partager vos belles aventures : on vous embrasse fort !

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  4. Martiniquais vivant à Marseille, c’est avec plaisir que je vous lis ,votre description ne m’a pas surpris en 1981 déjà j’avais le même constat sur fort de France, vous n’êtes pas allés au marché .Je suis de fonds saint Denis a coté de saint Pierre , vos photos sont magnifiques, vous m’avez donné de bonne humeur

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  5. Vous devez être à Tyrell bay…
    Quand vous pourrez sortir, si vous voyez un couple avec un vieux chat sur un Oceanis 411, c’est Virginie et Nicolas de Foufou Gongon. Dites leur bonjour, c’est des coupains!
    Il devrait également y avoir Martin, un Allemand sur un Dufour 4800 qui traîne sa misère dans la Caraïbe, le pauvre homme…
    Last but not least, Sir Robin Knox-Johnston était aussi dans les parages dernièrement. Dites lui bonjour, c’est aussi un coupain! (non, là je déconne, c’est pas vrai…).

    Profitez, profitez, enfoirés…

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  6. Hello, très beau récit, belle photo ! Si vous repassez à Saint Pierre, est ce que vous pouvez dire bonjour à mon pote qui vente des bracelet Tongue dans la boutique souvenir du centre ? Bonne balade et profitez bien. Guigui

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  7. c’est trop beau de revivre cette échappée belle qui nous rappelle nos excursions de il y a ouuuuhhhh longtemps., pensons bien à vous … portez-vous bien et profitez de tous les moments…

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