Saint Domingue // 27-29 mars

Après une traversée éprouvante depuis Curaçao, nous ne sommes pas mécontents d’arriver à la marina de Boca Chica vers 19h, tout juste avant le coucher du soleil. Aussitôt à quai, 2 agents des douanes et de l’office de contrôle des drogues viennent à bord fouiller le bateau. Une cabine après l’autre, on ouvre tout : placards, coffres, on soulève les matelas, les planchers, on s’affole quand arrive le tour du cafoutch / la cabine du grand bazar… Heureusement, ils le nous demandent pas de tout vider… Ils prennent des photos dans tous les sens, même du frigo!

Après une bonne nuit de sommeil, nous passons la journée du samedi à faire les formalités administratives qui sont loin d’être anodines et économiques… 250$ pour l’entrée du bateau et de l’équipage sur le territoire + la douane + les garde-côtes + l’immigration + les autorités sanitaires, qui resteront pourtant de grandes inconnues : Aucun test Covid demandé pour arriver en Rep Dom, ni contrôle d’aucune sorte, c’est agréable mais pas si rassurant! En allant nous promener sur la plage, nous nous rendons rapidement compte qu’ici, les mesures de distanciation et les restrictions sont inexistantes : plage bondée, c’est la sortie familiale, snacks à touche-touche avec des tablées de dizaines de personnes, sur les bateaux, pareil et personne n’est masqué… La musique est à fond et l’ambiance hyper festive mais bon… on va quand même être vigilant!

Retour à la marina à pied par le chemin le long de la plage. À la fin de la journée, c’est devenu un amas de détritus en tout genre et surtout plastiques: Ici, ils n’ont pas encore banni les barquettes en polystyrène et les verres en plastique… Ils jettent tout par terre, ça fait mal au cœur!

Dimanche, nous décidons d’échapper à l’agitation de la marina et au bruit assourdissant des jetskis, des cigarettes à moteur et de leur musique Boum boum à fond… Notamment la chanson d’Axel Rulay qui passe en boucle et que je ne peux plus supporter en moins de 24h pour le plus grand amusement des enfants!! Arrghhh…

Nous voici donc partis pour Saint-Domingue, histoire de se cultiver un peu après cet aperçu édifiant du tourisme de masse dans sa plus terrifiante version: moteurs à essence vrombissants, surconsommation de mal bouffe et emballages plastiques à gogo…

Nous prenons le bus, décoré de rideaux en tissu avec pompons et fanfreluches qui amusent beaucoup les enfants! Après une heure de trajet et un changement de bus dans une station improbable, perdue sur le bord de la route où on se laisse porter par les chauffeurs qui nous indiquent le bon véhicule, nous arrivons à la capitale. C’est dimanche, les rues sont plutôt calmes, mais lorsque nous reviendrons le lendemain, nous assisterons aux scènes animées et grouillantes de cris et d’odeurs en tout genre… c’est le Barrio Chino, le quartier chinois, dans lequel il est impossible de ne pas trouver ce qu’on cherche, encore faut-il ne pas être trop regardant sur la qualité… 

Mais je réussis tout de même à tomber sur une pépite : non loin du mercado do Modelo, (censé être LE spot pour acheter rhum et cigares, mais qui se révèlera être un véritable attrape-touristes, complètement vide et dont la moitié des stands seront fermés), je passe devant une boutique sombre et décatie, qui ne paye pas de mine, on dirait un second-hand shop. Dans la vitrine, des chapeaux poussiéreux attirent pourtant mon oeil ; le mien étant complètement déchiré, il est temps que je le remplace ; je rentre et tente avec grand mal vu mon niveau d’espagnol de m’adresser au vieux vendeur boiteux, qui comprend malgré tout très vite mon intérêt et sort tous ses modèles de panamas avec rubans colorés et paille plus ou moins foncée, il trouve tout de suite ma taille. Certains sont un peu tâchés, mais je réussis à trouver mon bonheur: il sera blanc avec un ruban bleu, celui-là, au moins n’est pas en papier made in China, mais en véritable paja toquilla et vient de l’Equateur. Ça faisait de longs mois que je n’avais pas craqué pour un nouvel accessoire et j’ai l’impression d’être une shopping addict ! (C’est fou ce qu’on perd ses habitudes de citadine en mer…)

Trêve de futilités, passons plutôt à la raison originelle de notre venue à Saint-Domingue : la visite de la ciudad coloniale. Impressionnante de majesté et de sobriété, elle est la toute première ville coloniale du Nouveau Monde, fondée en 1502 et gouvernée par le vice-roi Don Diego Colon, quelques décennies à peine après le débarquement de son père Christophe.

Tous les musées sont malheureusement fermés (décidément la culture est bannie ici aussi, tandis que les restaurants n’ont pas de limite capacitaire, eux…) donc nous nous promenons à pied à la découverte des bâtiments historiques majeurs. 

  • Les ruines de l’hospice San Nicolas de Bari, tout premier hôpital en Amérique, qui abrite désormais des nuées de perroquets verts dont le chant roule les « R »
  • La casa del Cordon, la plus vieille maison privée de la ville qui servit de résidence à Don Diego et sa femme Maria de Toledo et dont le linteau de la porte est orné d’une magnifique corde sculptée en pierre
  • L’Alcazar Colon, splendide palais de 22 pièces (lit-on, on regrette de n’avoir pu le visiter!), toujours destiné au même Colon, qui surplombe la rivière Ozama depuis la gigantesque Plaza Espana et dont la redoutable porte de San Diego repousse l’envahisseur.
  • La rue El Conde qui mène à l’ancienne place d’armes rebaptisée Parc Colon, où trône en son milieu la statue de Christophe Colomb ainsi que de beaux bâtiments dont le centro comercial Colon au style Art Nouveau : étonnante architecture qui côtoie les palais en pierre du XVIè siècle !
  • L’ambiance est familiale et festive, c’est dimanche, il y a des groupes de musique qui jouent partout autour de la place et des danseurs qui animent le tout. Quel bien fou de pouvoir profiter de cette vivacité spontanée et libérée de toute pandémie…
  • La Cathédrale Première de l’Amérique, la plus ancienne du continent, construite en 1523. D’abord refusés à l’entrée pour cause de tenue indécente (bermuda pour Thomas et short à mi-cuisse pour moi, les Dominicains ne rigolent pas avec la bienséance devant le Seigneur), nous assistons à la messe des rameaux qui se déroule à l’extérieur en présence de l’évêque et de la TV. On nous colle des rameaux dans les mains et nous sommes priés de suivre la file des fidèles pour rentrer dans l’église et prolonger la cérémonie. Ni vus, ni connus, c’est ainsi que nous réussissons à pénétrer dans le sanctuaire interdit; heureusement le garde de la sécurité a été relevé entre temps… Nous admirons l’intérieur de l’église et en profitons pour assister à un bout de messe que nous quittons avant la fin (mécréants, va!). L’appel du ventre est plus fort, et nous faisons bien car elle ne se termine qu’à 14h quand nous sortons de table.

Nous déjeunons au Mugado, le Museo de la Gastronomia Dominicana, qui au-delà du beau design intérieur, entre végétal, fresque murale et superbe escalier en fer forgé, offre un concept qui nous plait : un grand buffet avec des plats typiques qu’on peut tous goûter et c’est délicieux. Thomas craque pour les tripes (chacun ses goûts), je teste le rôti de porc fourré aux légumes accompagné de 4 sortes de riz différent, Olivia déguste les bananes plantains frites et moelleuses à l’intérieur, Augustin adore le poulet grillé et le riz au lait à la cannelle en dessert.

Seul un musée (privé) est ouvert, celui du Cacao. Nous allons donc parfaire nos connaissances en fabrication du chocolat, acquises sur le terrain à Grenade, par un parcours sensoriel et pédagogique qui nous explique tout de l’importance du terroir sur le goût des fèves. Encore une bonne occasion de passer par la case Dégustation (!!) puis la boutique, car les stocks de chocolat diminuent à vue d’oeil sur Vagabond…

Nous finissons l’après-midi en marchant au hasard des ruelles pavées dont celle de las Damas que les riches épouses des colons empruntaient à l’époque pour flâner et se montrer. Puis, nous réussissons à admirer, entre 2 ouvertures de porte fermement gardée, la forteresse de Santo Domingo. Et nous nous introduisons discrètement dans l’église des Dominicains en pleine célébration d’un baptême.

  • Avant de partir, passage obligé par la Plaza de Independencia pour rendre hommage à tous les indépendantistes, dont les bustes sont alignés de chaque côté de l’allée qui mène au Panthéon abritant les tombes des 3 fondateurs de la république en 1844 : Duarte, Mella et Sanchez. Tels de véritables Japonais, on se fait photographier sous tous les angles devant la porte, le mémorial, les statues… par un local dont c’est le gagne-pain. C’est également THE place to be pour la photo souvenir des jeunes ados qui fêtent leur anniversaire, à grand renfort de ballons dorés et de robes de princesse + diadème, immortalisée par photographe pro avec le kit complet d’éclairage! surprenant…

Le lendemain, après cette plongée historique dans le riche passé de Saint-Domingue, nous troquons la magnificence et la splendeur de la société coloniale de l’époque pour la beauté incontestée de la nature, en allant visiter les grottes de Las Tres Ojos, situées dans Saint-Domingue Est.

Ces cavités sont situées quelques dizaines de mètres sous terre et forment des lacs souterrains d’eau douce d’une clarté limpide. Le dernier n’est accessible qu’en barque, halée le long d’un câble qui mène au bout d’un tunnel sombre. Après quelques pas, la lumière revient et tout à coup, spectacle incroyable, apparait un lac d’une cinquantaine de mètres de diamètre, entouré de roche qui tombe à pic dans l’eau, de palétuviers aux racines géantes et de quantités de lianes et fougères arborescentes qui s’enchevêtrent. On entend à peine les bruits de la ville environnante qui bouillonne au-dessus de ce havre de paix. Un beau moment de sérénité et de calme après l’excitation de ces derniers jours à la marina.

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